Ilmar Jaks
ILMAR JAKS (né en 1923) connaît une jeunesse mouvementée prise dans les tourbillons de la guerre. Ceux-ci le conduisent dabord dans larmée finlandaise, puis dans les « bataillons du travail » à Léningrad, doù il senfuit en 1945, trouvant provisoirement refuge en Finlande avant de gagner la Suède. De 1949 à 1953, il fait ses études de droit à lUniversité dUppsala.
Dès 1949, il acquiert une certaine notoriété dans le milieu littéraire de lémigration estonienne grâce à un récit autobiographique sur ses aventures : De Saaremaa à Leningrad. Sil cultive avec succès le genre romanesque (No man's land, 1963 ; La ferme, 1980), la partie essentielle de son uvre est constituée par des nouvelles, forme littéraire quil considère comme la plus adaptée à la nature fragmentée de la vie. À la différence dun grand nombre de prosateurs de lémigration, Ilmar Jaks se préoccupe assez peu de son environnement historique ou géographique. Limportant, pour lui, ne sont pas les particularités du milieu ou de lépoque, mais luniversalité des destins et des âmes. Il éprouve, ainsi quil lécrit dans la préface dun de ses recueils, « un intérêt irrésistible pour la mise à lenvers des recoins les plus secrets de lâme humaine ». Dans ses quatre recueils, publiés en Suède entre 1958 et 1977, il dissèque jusquau malaise lunivers intérieur des êtres. Son écriture, subtile et ouvragée, restitue minutieusement les flux de pensées contradictoires et les « nuds » récurrents sur lesquels trébuche la vie de ses personnages : obsessions, mensonges, regrets et amertumes composent à travers ces destins individuels un tableau plutôt sombre de lexistence, à peine nuancé par quelques récits plus légers et ironiques. Dans ces textes, souvent imprégnés de fantastique, la mort est omniprésente, ou plus précisément le passage dun état à un autre, car la mort, chez Ilmar Jaks, nest jamais totale, sa frontière avec la vie nest pas clairement délimitée : les êtres disparus reviennent sous des formes nouvelles, et dans la vie même sont à luvre des forces de mort pouvant conduire à une dépossession de soi.
Ilmar Jaks a obtenu le prix Friedebert Tuglas en 1992 et en 2004.
A.C.