8
Si farceur ! Jaurais dit, moi : si crétin ! Comment ny avais-je pas songé ? On pouvait retéléphoner dans une demi-heure. Et on allait retéléphoner. Sûr comme deux et deux font quatre ! Quand lautre aurait vidé tout le carafon, il en commanderait un deuxième. Le portier saffolerait. Il voudrait savoir pourquoi on ne vole pas au secours dun pochard en péril ! Quest-ce que jexpliquerais, alors, à Eva ? Je métais flanqué dans un joli pétrin !
Me lever et filer ? Solution stupide. Avant une heure on saura que ce Sven Voore débarqué de Moscou cumule les titres dindustriel de la statue et de chevalier dindustrie. Eva aura tous les droits de piquer une sainte colère. Ce que je peux être andouille, à mes moments perdus !
Dites, Eva, vous nêtes jamais venue chez moi ? Faisons-y donc un saut : vous donnerez de précieux conseils dinstallation à un célibataire désarmé, et je vous en remercierai en nature : sous les espèces dune boîte de crabe.
Elle paraissait hésitante. Jouvris les écluses :
Je vous en supplie, venez donc ! Je vous montrerai nos croquis, vous aurez du thé de Chine, nous écouterons du Jaan Rääts, du Hindemith. Jai même enregistré du Palestrina au magnétophone... Vous avez peur ? Oh ! nous avons tout le temps de cultiver les Muses : il nest pas tellement tard, et je crois que votre mari voulait passer chez Toonelt... (Le moulin à paroles, dans ces cas-là, il ny a rien de tel !) En un mot, lami de la maison, ce soir, déborde dinitiative... Vous trouvez que cest incorrect ? contraire aux bonnes murs ? Mais bien sûr ! On ma élevé dans toutes les règles de la morale germano-balte, aux termes de laquelle la visite dune dame, à pareille heure, est plus que suspecte. Le code moral des bâtisseurs du communisme assure au reste exactement la même chose.
Je lavais presque convaincue. Et cétait bien naturel : elle navait encore rien dit de nos croquis. Peut-être redoutait-elle que je présente le mien pour faire concurrence à Saarma ? Il fallait forcer sa décision :
Seigneur ! mexclamai-je. Jai oublié de fermer le gaz ! Vite, je vous en conjure ! Je me levai dun bond, raflai les croquis et me ruai vers la porte.
...Pourvu quelle se presse ! pensais-je tout en arpentant mon studio. Ce tourment fut bref. Elle arriva, presque sur mes talons. En mexpliquant que cétait pour une seconde : elle ne sétait même pas changée. Je lui versai du thé et tirai du buffet une bouteille de cognac à demi pleine. Lessentiel, maintenant, cétait de la chambrer aussi longtemps que possible. Jemplis deux petits verres avec mon philtre dor et fis marcher le pick-up.
Jai une collection de disques et denregistrements à tout casser : mon père aimait le classique, et jai acheté tout ce quon peut se procurer en fait de moderne. Javais retrouvé mon assiette. Saarma et ses mains implorantes me laissaient désormais de glace : une affaire que je réglerais en cinq secs ! Nos verres vidés dun trait, il ny avait plus quà laisser opérer la musique : un hautbois ricanant à pleine gueule ; une clarinette et un basson qui séchinent à lui rendre la pareille, le Quintette pour instruments à vent de Hindemith, dont jadore la sécheresse sarcastique de lallegro...
?Il y eut un assez long silence. Puis Eva prit les croquis sur la table, se fit une tête de parfaite Égérie et prononça son verdict :
Pour tout vous dire, je préfère lidée dAin. Mais la vôtre est excellente, et cest la vôtre, bien entendu, qui passera... Vous pourriez même concourir pour votre propre compte... Ain et moi, nous ne nous en formaliserions pas... Lamitié, cest très bien, mais les affaires, nest-ce pas, sont les affaires...
Elle me dardait un de ces regards de franchise dont on comprend demblée leffort quils coûtent:
Eva, vous navez pas honte ? mexclamai-je. Mattribuer une pensée pareille !
Je lavais peut-être dit trop vite, sur un ton trop ferme et dun air trop offensé : mieux eût valu laisser planer un doute.
Pourquoi pas ? Vous avez travaillé, dépensé de la peine, et lart vit démulation. Vous avez bien le droit de présenter un projet à vous.
Le regard était devenu inquisiteur... Je répliquai :
Lémulation nest pas la foire dempoigne. Ne me croyez pas de ces gens qui marcheraient sur père et mère pour un copeck. Sans compter que votre mari a trouvé une idée vraiment bouleversante : rien ne prouve que la balance pencherait en ma faveur si chacun de nous présentait sa variante. Ce que je ne ferai jamais ! Je parle par pure hypothèse. Nous ne sommes plus au temps du culte, et les uvres de talent, aujourdhui, trouvent toujours à se placer !
Je me contredisais froidement : cest la thèse opposée que je venais de soutenir. Eva en parut si bouleversée que jajoutai, en apportant un soin fou à curer dun bout dallumette mes ongles pourtant impeccables :
Lart a sa morale. Je lai toujours respectée.
Le silence qui sensuivit fut si interminable que je redoutai davoir trop mis le paquet. Il convenait de déplacer un peu le centre de gravité :
Eva, vous pouvez en être sûre : ce à quoi vous pensez narrivera pas. Du moins, si Saarma accepte ma variante et, de son côté, laméliore (je pris ma figure de funérailles), car il y a loin du papier à la maquette, et encore plus loin de la maquette à la statue. Mais je ne vous cacherai pas ce qui me préoccupe. Si Ain se cramponne à son idée, sil refuse de modifier sa variante, jaurai énormément travaillé pour rien. Mon croquis vaut ce quil vaut, mais jaurai tous mes bas-reliefs à recommencer : ils ne collent pas avec le nouveau projet dAin ; je les avais préparés en fonction de sa première variante...
Ce coup-là, javais réussi à linquiéter. Pourvu seulement quelle ne doutât pas de la sincérité de mon argumentation ! Jenchaînai aussitôt :
Après tout, tant pis ! Je les referai. Au besoin, jy renoncerai. Je ne vous aurais jamais montré mon ébauche sil y avait la moindre chance que le projet de votre mari passe. Mais je ne la présenterai pas au jury. Vous savez pourquoi ? Eh bien parce que... Parce quensuite, je ne pourrais plus vous regarder dans les yeux...
Pause en point dorgue pour accrocher mon public. Jajoute : « Ni Ain non plus. » Je me lève dun bloc. Jannonce fébrilement : « Je vais ouvrir la boîte de crabe ; mettez un disque en attendant. » Et je méclipse à la cuisine.
Après tout, je venais de faire à Eva une déclaration damour. Oh ! damour transi !
Du moins était-elle sûre désormais davoir affaire à un brave couillon sans danger.
Je vais vous aider ! me cria-t-elle.?.
Jamais de la vie ! Vous ne savez pas de quoi a lair une cuisine de célibataire, répliquai-je en refermant la porte sur moi.
Je pris la boîte de crabe dans larmoire et entrepris de louvrir. Mais loutil était vieux et sa pointe hors détat de trouer le couvercle. Un gros cendrier de cuivre traînait sur la table. Je men servis comme dun marteau. Avec tant de fureur que la boîte méchappa, tandis que la lame allait se planter dans ma paume. Un beau caillot, et qui ne cessait de grossir, sy forma aussitôt. Je ne peux pas supporter la vue du sang ; surtout du mien. Je me plaçai la main sous le robinet ouvert. Ça picotait dur, mais sans arrêter lhémorragie. Allais-je me trouver mal ? Je maffalai sur le tabouret, comme un sac, parfaitement dégoûté de moi-même, et une détresse sans nom, lame de fond livide, croula sur mes épaules. Absurdité sans nom ! Jamais Eva ne me croirait. De toute façon, il faudrait montrer à Toonelt le projet dAin. De toute façon, cest celui quon choisirait. De toute façon, je serais le dindon de la farce. Dieu, que jétais à plaindre !... Je me revoyais, devant la glace, en train de messuyer le nez. Jen aurais hurlé de pitié pour mon destin. Oh ! il me le payerait, le Saarma ! Tout ça, cétait sa faute...
En quatrième, je métais fait rosser. Par deux types de la classe mis en retenue avec un zéro de conduite. Sous prétexte que je les avais cafardés. Ils mavaient kidnappé à la nuit tombante et transporté dans la buanderie. Le plus grand me serrait le crâne au creux de son bras. Inoubliable, lodeur de cette manche sale et puante qui me collait au nez ! Je croyais que les veines de mon cou allaient éclater... Après, ils se sont mis à deux pour me boxer le nez jusquau sang. Et le plus petit ma craché à la figure : je men souviendrai jusquau dernier soupir. Mais sitôt quils mont eu lâché, jai grimpé à létage au-dessus, et le môme il me tournait le dos, nest-ce pas , jy ai lancé une pierre en visant la tête...
Pourquoi cet affreux souvenir remontait-il ? Effondré sur ma sellette, le visage enfoui dans le rond de mes bras, je commençai à sangloter. À bouche fermée. Faute de trouver leur issue normale, ces vocalises du désespoir se transformèrent en glouglous aussi peu mélodieux quaffligeants. Je perçus vaguement ce lamento nasal, et une colère aveugle me secoua : jaurais voulu mordre, trépigner, faire voler des assiettes à soupe et en mastiquer les débris. Je me sentais condamné sans recours.
En cherchant mon mouchoir, ma main ramena un papier chiffonné. Les lettres en étaient effacées. On pouvait toutefois déchiffrer encore: Téléphoner à Magnus Tee.
Depuis quand ce pense-bête traînait-il dans ma poche ? À quel propos devais-je téléphoner à ce personnage ? Je neus pas le temps de me poser de questions. Les lettres dansaient dans la brume, telle une ronde de gnomes bancals :
TÉLÉPHONER À MAGNUS TEE TÉLÉPHONER À MAGNUS TEE
Jen oubliai la brûlure de ma plaie. Je me levai dun bond : le Saint-Esprit venait de descendre en moi. Triple idiot que jétais ! Comment navais-je pas pensé plut tôt à Magnus ? Le croquis de Saarma ne serait sûrement pas de son goût. Pour impressionner le public rien ne valait cet ancêtre des pistolets à mèche. Je saurais le charger. Avec nimporte quoi : du sel, des plombs ou une balle dum-dum. Et grimper dans un arbre avant que le coup parte... Au lieu de me ronger les sangs dans une cuisine, jaurais dû, depuis belle lurette, grimper à lappartement n° 8 et, tout en grignotant les petits fours du monsieur, verser des pleurs sur le malencontreux projet dun garçon si talentueux quon se demande comment il a pu commettre pareille bévue..
Rien nétait perdu encore. Heureusement, rien nétait encore perdu !
En catimini, je file par la porte donnant directement dans lantichambre et jécoute. La musique joue à pleins tuyaux, mais deux précautions valent mieux quune.
Dégringolons plutôt lescalier : juste devant la maison, il y a un téléphone public.
Quatre... Zéro... Zéro... Trois... Et six...
Là-bas, ça sonne. Huit fois. Et on décroche. Une voix pas commode:
Savez lheure quil est ?
Je mexcuse infiniment... Ici, Sven Voore.
Le camarade Voore ? Quest-ce qui ne va pas ?
Le ton est quand même plus aimable.
Pardonnez-moi mon incorrection... À pareille heure, je sais... En effet, ça ne va pas Ain Saarma vient de me montrer son brouillon de projet... Quelque peine que jéprouve à le constater... Je vous avoue... Bref, cest manqué. Jai essayé de le lui faire entendre... Aussi clairement que possible... Il ne veut rien savoir. Il massure que les temps ont changé...
Comment ? Les temps ont changé ? (La voix, en tout cas, avait changé que cen était plaisir.) Ça représente quoi, ce projet ?
Deux mains. Rien que deux mains. Deux mains qui sortent tristement de terre. Un très bon monument funéraire, peut-être, pour la tombe dun surréaliste, mais... Je mavoue incapable de comprendre ce que deux mains passivement résignées peuvent bien symboliser sur la sépulture de héros tombés au champ dhonneur, sur la sépulture dêtres qui ont lutté jusquà la dernière goutte de leur sang. Si encore ces mains tenaient un fusil, un enfant, une étoile rouge... Mais telles quelles se présentent actuellement, cest du primitivisme et du pacifisme... À mon avis, en tout cas... Nous avons failli nous disputer... Jaimerais mieux que vous regardiez le croquis vous-même. Je peux me tromper. En tout cas, lun de nous deux, lui ou moi, se trompe sûrement. Jai ce croquis chez moi. Peut-être me permettrez-vous de vous lapporter ? Jai tant besoin dun conseil !
Et Saarma ? Où il est ?
Au club... pour fêter... Mais Eva Saarma est justement chez moi. Peut-être préféreriez-vous passer vous-même ? Au fond, ce serait le mieux quon discute le croquis en présence de sa femme. (Jimprovisais sur le mode geignard.) Lui, nest-ce pas, il est tellement sûr de soi, tellement obstiné...
En ce moment même, jai une uvre sur la sellette, et il me faut encore la penser : la statue en pied dune jeune et éminente vachère davant-garde, ouvrière de choc du travail communiste (toutes ces explications sur le ton paternaliste du boss), et je cherche un angle neuf, plus frais... Je passerai chez vous dans un petit moment : une demi-heure ou trois quarts dheure. Ça vous va ?
Bien entendu ! Je vous attends. La statue dune vachère, dites-vous ? Comme ça doit être intéressant ! Vous me permettriez de venir demain ? Je suis tellement curieux de voir cela.
Flatté, le boss grommela un acquiescement indistinct.
Encore une chose, ajoutai-je dune voix peu sûre. Quand vous viendrez, nayez pas lair que je vous aie déjà parlé du croquis... Eva Saarma pourrait simaginer des choses... Vous connaissez les femmes. Ayez lair de passer par hasard... Ce serait peut-être le mieux...
Ma suggestion se révélait hasardeuse. Cétait ce personnage à principes qui pouvait sen imaginer, des choses ! Je me repentais déjà davoir trop parlé. Sait-on jamais ce qui peut surgir dans ces cervelles en pomme de terre ?
Au bout du fil, il y eut un meuglement méditatif qui me parut dabord redoutable mais sacheva en rire presque humain :
Ah ! jeunesse, jeunesse ! Et le courage civique ? Toujours des gants, alors ? Entendu : je jouerai le jeu.
Il paraissait enchanté de se montrer perspicace.
Merci. Je vous attends.
Il raccrocha.
Une demi-heure ou trois quarts dheure ? Quand jen avais besoin sur-le-champ !... Et si ces trois quarts dheure duraient le double ? Jétais hors de moi. Arriverais-je seulement à retenir Eva tout ce temps ? Parce quil fallait quelle entendît loracle de ses propres oreilles. Si cet inquisiteur à lâme de nourrisson pouvait au moins se rendre compte quil sagit du bien de la cause, quil faut descendre chez moi illico, et non pas peloter de la glaise ! Ah ! bon Dieu de misère !
Quest-ce que vous avez bien pu faire tout ce temps à la cuisine ?
Rien... Je me suis coupé avec louvre-boîte. Pas grave !
Oh ! ces créateurs ! (Eva exécuta un rond de bras fort émouvant.) Ain est tout pareil. Vous avez de la gaze ?
Elle me pansa la main. On se rassit. Elle piquait dans lassiette de crabe la chair rose des pinces et y plantait avidement de petites dents pointues. De toute évidence, elle avait décidé que jétais resté à la cuisine pour recouvrer mes esprits à la suite dune déclaration damour sans espoir. « Je ne pourrai plus vous regarder dans les yeux », ça y sautait, aux siens, que cétait le semi-aveu dun timide, qualité quelle nattendait pas de moi, et dont la découverte lui rendait son sang-froid. Au vrai, cest moi qui avais besoin de reconquérir le mien, et je me lançai :
Savez-vous bien quà la cuisine il mest venu une idée géniale ? Oh ! il ne faut pas fonder sur elle trop despoirs, mais on ne perdrait rien à la suivre, à mon avis du moins : je trouve quil serait très astucieux de montrer dabord le croquis dAin...
Je me levai, pris sur le buffet une statuette de porcelaine et la fis sauter au creux de ma main :
Vous ne voyez pas à qui ? À Sa Majesté Magnus Tee !
Elle paraissait hypnotisée par les sauts périlleux de la statuette :
À quoi bon ? répliqua-t-elle. Cest tellement risqué !
Peut-être que oui, mais peut-être que non... De toute façon, Magnus sera touché jusquau fond du cur si cest à lui, le premier, que nous soumettons le projet en sollicitant ses conseils. Après cela, il lui sera beaucoup plus difficile de léreinter en bloc : il conseillera daméliorer ceci, de développer cela, et nous aurons déjà cause gagnée. Sans compter que je suis en fort bons termes avec lui : lautre jour, jai été lui rendre visite dans sa bauge, et il ma servi un sermon sur « les tâches élevées qui se posent à notre art ». On peut même préparer davance une petite maquette... Par ailleurs, cest sûr à cent pour cent que nous narriverons pas à éviter létape Magnus : il aura son mot à dire, et ce quil dit garde, hélas, quelque poids. Sagissant du croquis dAin, il ne faut pas compter sur le temps pour amadouer le Dieu de Colère : cest aujourdhui ou jamais. Essayons donc ! Quest-ce que ça coûte !...
Votre raisonnement parait assez logique.
? Cest votre mari qui minquiète : jai grand-peur quil repousse du pied les conseils de Magnus. Ce garçon est trop honnête pour notre époque. Magnus, bien sûr, va conseiller des âneries... Ah ! si cétait vous, Eva, lauteur du projet ! Laffaire était dans le sac : on se serait mis daccord depuis longtemps...
Je la regardai avec le sourire de lécolier imbattable pour copier en composition.
Elle se taisait, absorbée par ses calculs. Je conclus:
De toute façon, ça vaut la peine dy réfléchir. Préparez donc Ain à léventualité dun petit pèlerinage chez Tee, demain ou après-demain.
Ça vaut la peine dy réfléchir, murmura-t-elle.
Je tirai de la discothèque une nouvelle provision de musique. Que nous écoutâmes... Je rechutais dans le doute. Javais bien amené lentrée en scène de Magnus. Simposait-elle ? Les actions de ce birbe dégringolaient en flèche. Nous étions en pleine renaissance artistique. Les gens recommençaient à se faire confiance les uns aux autres. La chasse aux fantômes avait passé de mode. Et si Magnus avait cessé dêtre lallié adéquat ? Si, le moment, au contraire, était venu de risquer ? Une montre qui retarde ne vaut pas mieux quune montre qui avance.
Avais-je eu raison de lui téléphoner ? Cétait peut-être la gaffe... Pour masquer mon angoisse, je bavardai comme une nichée de pies borgnes... Les magasins regorgeaient maintenant de crabe et de caviar ? Preuve quon ne couperait pas à une guerre. Hindemith et Bach présentaient un trait commun : la polyphonie (notion plutôt brumeuse dans mon esprit). Le Louis XV redevenait à la mode, chez les snobs dOccident : nos pieds de chaises ne tarderaient guère à se cambrer... Et je causais, je causais, je causais. Cest si affreux, dattendre en silence !
On frappa à la porte dentrée.
Le temps avait filé plus vite que je ne croyais.