HEKTOR
(Extraits)
[1]
[Début du récit]
Dimanche
Aujourdhui jai réalisé que ça ne peut plus durer très longtemps ainsi. Les vivres me permettraient de tenir encore un an environ. Cest une vraie forteresse, ici. Mais les caméras de surveillance mont permis de repérer des silhouettes menaçantes qui évoluaient autour de notre jardin. Je ne sais pas si cétaient des voleurs ou des policiers en civil.
Il me semble que je nai plus beaucoup de temps. Je savais quil y avait de grandes chances pour que quelquun vienne fouiner par ici, voir ce que le maître est devenu. Je ne peux pas le permettre. Tout doit disparaître avant que les hommes soient sur la trace de ce qui se passait dans ce petit pavillon de banlieue. Ce serait une catastrophe. Jai fait tout ce dont jétais capable pour léviter. Je réponds aux e-mails et au maigre courrier, je vide la boîte aux lettres et je remplis consciencieusement les poubelles. Je paye les factures par virements, via linternet. Mais je ne sors travailler dans le jardin que la nuit, lorsque personne ne me voit, et je peux encore moins me rendre en ville. Je ne saurais pas davantage payer quelquun pour le faire à ma place. Nimporte quand, il peut arriver quelque chose sur le réseau électrique ou les canalisations deau, ou quelquun peut essayer dentrer par effraction. Quant à débrancher le système dalarme, le centre de surveillance viendrait aussitôt voir ce qui se passe. Ce serait la fin.
La fin est proche, de toute manière. Mais je peux encore choisir comment, et quand. Et « quand », je ne lai pas encore décidé. Je voudrais encore finir une ou deux choses avant de tout faire sauter. Je veux que cette fin soit vraiment une fin, quil ne reste rien. Rien qui leur permette dimaginer ce quon faisait ici.
Ses comptes-rendus dexpériences sont déjà prêts pour la destruction, et jai effacé toutes les sauvegardes. Il ne reste que ce coffre. Celui-là mobsède. Il mavait montré un manuscrit que je veux lire à tout prix. Il faut que je mette la main dessus. Pour cela, je dois trouver la clé du coffre. Je lai cherchée tous les jours, en vain jusquà présent. Je pense que jy arriverai. Elle est sans doute dans un endroit idiot, il ne la pas cachée, seulement oubliée quelque part ou égarée par inadvertance. Tôt ou tard je tomberai dessus. Alors je pourrai mourir tranquillement, comme eux tous. Comme le dernier dentre nous doit, inévitablement, mourir. Jespère quil na rien laissé dans un coffre à la banque ; en tout cas, je nai rien trouvé à ce sujet dans ses papiers. Et quand cela lui est arrivé et que jai recueilli ses dernières paroles, il ne men a rien dit. Je pense quil naurait pas manqué dy faire allusion, sil y avait eu quelque chose. Il me reste à écrire toute cette histoire, appelez cela une confession si vous voulez, puis à enclencher le système de destruction.
Heureusement, il navait ni parents ni amis. Les individus dans son genre ne peuvent peut-être simplement pas en avoir. Peut-être est-ce pour cela quil a commencé ces expériences, que nous nous sommes retrouvés là, nous autres ? Moi, Hector, Achille, Ulysse, Nestor, et ceux qui ne sont plus là. Cest moi le dernier, cest à moi de mener à bien ce que nous avions décidé.
Leurs cadavres sont encore ici. Celui du maître aussi. Au froid, emballés dans du plastique. Ils attendent comme Blanche-Neige dans son cercueil de cristal. Un prince ? Non, aucun prince ne viendra. Je leur rends visite, de temps en temps. Je les aime même morts. Je ne peux pas dire quils soient beaux. Jai essayé de comprendre ce qui selon vous autres, les humains, est beau, mais je ny suis pas parvenu. Il est vrai que les canons de la beauté sont codés dans nos gènes, et que les miens sont différents, hérités des existences antérieures, de mes ancêtres. Ceux-là, il ne me les a pas modifiés. Ça ne lui a peut-être pas paru essentiel. La beauté ne lintéressait pas, ou alors il nosait pas le montrer. Ce qui lintéressait, cétait lintelligence. La raison, la connaissance, comptaient pour lui davantage que la beauté, davantage que les êtres humains. Davantage que nous autres, peu importe comment on choisira de nous appeler.
Parfois je me demande ce que nous étions tout de même pour lui. Les résultats dexpériences réussies, des uvres dart animées, les amis quil sétait lui-même créés ? Ou autre chose ? Les six derniers mois il a beaucoup parlé avec moi, je pourrais dire quil me faisait presque confiance. Dans une certaine mesure seulement. Cétait après la mort dAchille et de Nestor. Leur disparition lavait complètement bouleversé. Il me semble quil avait peur de quelque chose. Il avait peut-être lintention de tenter quelque chose sur lui-même. Parfois je crois quil voulait dépasser le stade dêtre humain, accéder au stade suivant, appelons ça le surhomme, ou ce que vous voudrez.
En théorie cest simple, tout à fait facile sur le papier, cest pourquoi la majorité des généticiens et des embryologistes reconnus ne lont pas pris au sérieux. Lêtre humain est un singe qui ne peut pas achever sa croissance, mais qui se développe tant dans le sein de sa mère que par la suite, pendant longtemps encore. Lhomme est plus proche de lembryon que, disons, le chimpanzé ou lorang-outang. Quest-ce que cela signifie ? Beaucoup de choses. Par exemple quil est idiot, quil est dépourvu de véritables instincts et quil doit pallier cette déficience par la communication et lapprentissage. Il doit vivre au milieu de ses semblables au moins dix ou quinze ans avant de devenir autonome. Le chat, qui est un animal doué, se débrouille tout seul déjà à quatre ou cinq mois. Un chaton de quatre ou cinq mois est déjà un individu complet, qui sait chasser des souris et réclamer sa nourriture aux hommes. Bientôt il est à son tour capable dengendrer. Un humain de quatre ou cinq mois est totalement sans ressources, il ne peut ni manger ni se déplacer sans aide, pour ne parler que de cela.
Cest ce que les biologistes appellent néoténie : un animal capable de se reproduire sexuellement avant davoir achevé sa croissance. Comme pour quelques insectes, chez qui la femelle conserve laspect de la larve, sans subir une véritable métamorphose comme le mâle. Ou certains amphibiens, qui dans des conditions particulières peuvent vivre et se reproduire au stade de têtards, sans devenir de véritables grenouilles.
Dans des conditions particulières. En général, lorganisme achevé ou limago arrive à survivre dans les conditions les plus rudes sous forme de larve, si lon oublie lembryon du mammifère, qui ne peut vivre que comme parasite de sa mère. Le mammifère, qui sur des points essentiels conserve les sensations de lembryon, a besoin dun environnement très favorable pour y passer sa longue enfance et achever son développement. Lêtre humain dispose dun tel environnement. Il a une famille, un entourage, et bien dautres choses de nos jours. Une maison avec le chauffage central, trois salles de bain, six chambres. Lair conditionné, des thermostats. Lhomme a réussi à construire autour de lui de nouvelles coquilles, à retrouver le sein maternel et lapesanteur douce et humide dont il avait été expulsé vers ce monde-ci.
Bien sûr, la vraie question ne réside pas dans lenvironnement, mais dans les gènes et lembryologie. Dans ce qui empêche lêtre humain dachever sa croissance comme tous les autres mammifères. Nos gènes sont comme un texte et lontogenèse, la croissance dun organisme depuis lovule fécondé jusquà lanimal achevé et fertile est en quelque sorte la lecture de ce texte. Tous les textes des animaux sont achevés, on peut les lire jusquà leur terme, et ce terme se conforme à de nombreuses règles de composition. Lontogenèse normale dun animal normal est comparable à un roman ou une nouvelle écrits correctement. Avec lêtre humain, il nen va pas ainsi. Lhomme a une fin dune autre sorte, on pourrait même dire quil na pas de fin.
Le texte génétique est bien sûr plus complexe quun texte ordinaire. Pour emprunter une comparaison à la musique, on pourrait dire quil sagit dun texte polyphonique, dun groupe de textes qui évoluent en synchronie, parallèlement. Chez lhomme, cette synchronie est brisée et plusieurs voix, qui dordinaire devraient se taire, continuent à se faire entendre, tandis que dautres se brisent ou séteignent prématurément. Cest ainsi que les instincts ne se développent pas, que le cerveau reste à un stade inachevé et possède dexceptionnelles capacités dapprentissage.
Il est intéressant de voir que le cerveau subit plusieurs modifications en tout point comparables aux métamorphoses des insectes. La dernière dentre elles survient quand le petit de lhomme commence à maîtriser le langage. Avant cela il aura fait quelques pas hésitants dans la direction de ce quil deviendrait sil était achevé au sens des autres espèces, orang-outang ou chimpanzé. Mais lorsque le langage fait irruption, ce développement disons dans la direction du singe sinterrompt et ses premiers stades se résorbent.
Je nai jamais rencontré un être humain frappé didiotie, incapable de parler ou de comprendre ce quon lui dit, mais qui cependant bougerait, serait capable de volonté et doté des moyens de la satisfaire. Peut-être en existe-t-il tout de même ? Peut-être alors un tel idiot abrite-t-il cet homme-singe, peut-être deviendrait-il, dans un autre environnement et avec une autre éducation, quelquun qui rappellerait les ancêtres des hommes ? À mon avis, cela na rien dimpossible. Je dois toutefois reconnaître honnêtement que ce possible atavisme des humains ne ma jamais profondément intéressé. Je nai pas les moyens de mener des recherches sur ce sujet, et la théorie pure na ici aucun intérêt. Jai assez à faire avec mes propres problèmes et mes soucis. (...)
[2]
(...)
Mon grand-père ne buvait pas beaucoup. Un petit coup de temps en temps avec les hommes qui lui rendaient visite, mais je ne lai jamais vu ivre. Alors que jétais encore tout petit il commença à memmener avec lui en forêt et à la pêche, et à me raconter toutes sortes de choses quil connaissait au sujet de la forêt et des animaux. Mais il naimait pas toujours répondre à mes questions. Il me disait souvent de ne pas tant en poser, mais de regarder et de faire attention, et qualors la forêt me répondrait, quoique dans sa propre langue. Je voulais demander quelle langue parlait la forêt jen connaissais déjà trois : langlais, le français et la nôtre, celle que parlaient mes grands-parents. Celle-là, personne ne me lavait enseignée, je lavais simplement entendue et je commençais petit à petit à la comprendre. Jimaginai que ça devait être pareil avec la forêt : il fallait lécouter jusquà ce quon parvienne à la comprendre.
Je ne demandai donc pas à mon grand-père comment écouter la forêt : je lui dis simplement, un jour, que je voulais partir seul dans la forêt et écouter. Il eut un sourire, mais il me dit quil nétait pas encore temps pour moi dy aller seul, que cela viendrait plus tard. Pour linstant, nous pouvions y aller ensemble et trouver un bon endroit où nous asseoir, écouter et regarder.
Ainsi partîmes-nous à deux dans la forêt. Nous marchâmes plus loin que dordinaire, parmi les bouleaux pour commencer, puis le long de la rivière, puis en suivant un vieux sentier à travers le marais, jusquà ce que nous atteignions une petite clairière sur une éminence, au-delà du marais. Cétait un terrain sablonneux, où il poussait davantage de pins quautour de chez nous. Mon grand-père me dit que cétait le genre dendroit où il valait mieux rester silencieux, sans parler. Nous redescendîmes la pente jusquà un endroit où le ruisseau formait un petit lac, au bord duquel nous nous assîmes sur un tronc darbre abattu. Mon grand-père ne disait toujours rien. Nous restions simplement assis. Javais un sentiment étrange, comme sil devait se passer quelque chose. Jécoutais, tendu. Mais pour commencer il ny eut rien de particulier, que le vent dans les cimes et le murmure du ruisseau. Au loin une mésange chantait et quelquun faisait du bruit dans les feuilles mortes, peut-être un mulot. Je ne sais pas combien de temps nous restâmes ainsi, peut-être un quart dheure, peut-être davantage. Soudain, jentendis des pas. Quelquun approchait sur nos traces, à pas lourds. Je nosais pas regarder derrière moi ; je jetai un coup dil à mon grand-père, dont la physionomie navait pas changé et qui ne regardait pas en arrière non plus. Nous attendîmes. Les pas obliquèrent, nous contournèrent, et je vis du coin de lil une énorme masse sombre. Cétait un ours, un grand ours brun.
Quand il nous eut dépassés, il sarrêta brusquement, se redressa et nous regarda. Mon grand-père prit, dans la petite poche à médecine suspendue à son cou, quelque chose quil effrita entre ses doigts. Lours, debout, nous fixait sans bouger. Puis il se reposa brusquement sur ses quatre pattes et fit deux pas vers nous, sarrêta, renifla lair, se dressa une fois encore, renifla de nouveau, puis fit demi-tour et séloigna. Arrivé au bord du ruisseau, il but, traversa à lendroit du gué et, sur lautre rive, disparut dans les fourrés.
Je jetai un coup dil rapide à mon grand-père. Il était toujours assis sur le tronc darbre, comme si rien ne sétait passé. Je restai assis moi aussi. Il se passa encore un instant : je sentais le sommeil me gagner, et je devais faire un effort pour garder les yeux ouverts.
Nous étions toujours assis. Pendant un moment il ne se produisit rien, puis de nouveau des pas se firent entendre. Je ne comprenais pas doù ils venaient. Jaurais voulu tourner la tête tout doucement pour regarder, mais jen étais incapable : jétais comme pétrifié, figé sur place. Jessayai de remuer mes doigts même eux ne bougeaient pas.
Alors je le vis de nouveau : il venait de lendroit même par où il avait précédemment disparu, passa de nouveau le gué et se dirigea droit vers nous. Je commençais à me sentir mal à laise, je voulais regarder vers mon grand-père : sans doute maurait-il donné du courage, mais je ny arrivais pas. Je ne pouvais rien dire non plus, je me sentais sans voix, ma langue et ma gorge étaient comme verrouillées.
Lours sapprocha et se tint pour finir exactement face à moi, de telle sorte que je sentais son haleine chaude sur le visage. Il me regarda dans les yeux, puis se dressa et me souffla doucement dans la figure. Mes yeux se fermèrent deux-mêmes. Je ne peux pas dire que je les fermai, je nen aurais pas été capable. De fines gouttelettes de salive tombèrent sur ma face et mes paupières. Je gardais les yeux fermés, jétais terrorisé à lidée de les rouvrir. Je ne sais pas combien de temps cela dura. La tête me tournait, javais limpression que la terre vacillait. Le vent se leva et la forêt se mit à bruire fortement. Je ne savais pas si jentendais des pas ou non. En faisant attention, je saisis subitement, dans le frémissement des arbres, des voix qui prononçaient mon nom, celui que connaissaient seulement ma mère, ma grand-mère et mon grand-père. Jouvris les yeux. Lours avait disparu. Je sentis que je pouvais de nouveau bouger. Je regardai mon grand-père : il était toujours assis dans la même position, recroquevillé, les yeux fermés. Il me semblait dormir. Je nosais pas le réveiller. Je demeurai assis, à écouter ce que disait la forêt. Je nentendais plus mon nom, mais je comprenais tout de même ces bruits. Ils ne formaient pas des mots, comme le font le bruit de mon propre sang ou le souffle de ma respiration, mais cétait pourtant une langue, cela disait quelque chose : quelque chose qui ne métait peut-être plus destiné, mais quau moins je comprenais. Je ne saurais pas lexpliquer. Subitement, les murmures de la forêt étaient pour moi comme la musique pour le musicien, les mathématiques pour le mathématicien : entièrement clairs, harmonieux, beaux et profonds, sil est permis demployer ces mots. Ce que me disait la forêt était aussi cohérent que la musique et les mathématiques : sa logique (jétais encore un enfant, et je navais certainement encore jamais entendu le mot « logique ») métait brusquement limpide et je suivais ces bruits, je ressentais de la joie à les sentir évoluer, enfler et diminuer juste comme cette logique le réclamait. Puis je compris que ces bruits étaient en réalité ceux-là mêmes que javais toujours entendu en moi, dans mon cur, mes oreilles, mes entrailles. Les bruits de la forêt et ceux de mon organisme ne faisaient quun, ils avaient une même nécessité, un même rythme, une même mélodie. Aujourdhui, je dirais que la logique de la forêt et sa musique étaient une seule et même chose. Je parle en scientifique, sans croire pour autant que le langage de la science soit à coup sûr le meilleur. Cest simplement celui auquel je suis le plus habitué.
Je ne sais pas combien de temps je restai ainsi assis à écouter les bruits de la forêt ou à moublier, me fondre en eux. Je revins à moi lorsque quelquun toucha mon épaule. Cétait mon grand-père. Je le vis comme dune distance considérable, comme de la cime des arbres ; il était lointain et minuscule, et jentendais à peine sa voix.
Il souriait et me disait que javais assez dormi, quil était temps de rentrer à la maison. Nous nous levâmes et partîmes. Javais en permanence un sentiment étrange, marcher ne me demandait aucun effort, penser et rassembler mes impressions encore moins. À mi-chemin, je me rendis compte que je me rappelais chaque pas de notre trajet de retour, et que je ne les oublierais jamais. Je ne men réjouissais pas, et aujourdhui pas davantage, mais je sais que cest lun des plus grands cadeaux que jai reçus dans ma vie.
Quand nous atteignîmes la partie plus familière de la forêt, mon grand-père estima que nous pourrions nous reposer un moment. Nous nous assîmes sur un tronc de mélèze renversé. Il sortit sa pipe de sa poche, la bourra et lalluma ; je le regardais. Il tira une ou deux bouffées et me demanda de quoi javais rêvé pendant que je dormais au bord du ruisseau. Je navais pas imaginé que ce que javais vu pût être un rêve. Je racontai ce qui métait en rêve ou dans la réalité arrivé. Mon grand-père écoutait en souriant et en hochant la tête. Mais je comprenais quil était, en vérité, content.
Lours a une grande force, sa médecine est la plus puissante sur la terre. Seul laigle, peut-être, a une médecine plus puissante, mais sur terre il est impuissant. Regarde comme il est gauche, et comme il remue maladroitement lorsquil se pose. Lours, lui, marche et court mieux que quiconque, il sait grimper aux arbres et marcher sur ses deux pattes arrières, tout comme nous. Très rares sont ceux à qui il confie quelque chose de sa médecine. Et qui reçoit quelque chose de lours, à celui-là il est donné de grandes choses dans la vie, mais il est aussi beaucoup attendu de lui.
Les paroles de mon grand-père étaient étranges, elles me semblaient à la fois flatteuses et intimidantes. Ce que je ressentais sapparentait peut-être à ce quéprouve lenfant qui apprend tout à coup quil est lhéritier du trône.
Subitement, il me vint à lesprit quelque chose que jaurais pu réaliser plus tôt. Je demandai à mon grand-père :
Mais peut-être tout cela nétait-il quun rêve ?
Il sourit et me dit :
Quand tu es éveillé, tu rencontres ceux qui viennent à ta rencontre ; en rêve cest toi qui rends visite aux autres.
Mais cest lours qui est venu vers moi ? ne pus-je mempêcher de demander.
Peut-être est-il venu parce que ton esprit sétait rendu en rêve au pays des ours, répliqua-t-il.
Je navais rien à ajouter ; lui non plus. Nous nous levâmes et rentrâmes à la maison.
Ce jour-là jétais fatigué et jallai me coucher de bonne heure. Je revis lours en rêve. Il marchait à lextérieur de la maison et regardait par notre fenêtre. Je voulais avertir les autres pour quils le voient, mais je ne pouvais ni bouger ni parler.
Traduit de lestonien par Jean Pascal Ollivry