Des bosquets et des bois montent comme des pleurs secrets,
Et puis une rafale effleura ces lourdes grappes :
Et la main dans la main, nous marchions au flanc de la colline,
la joie rouge et fraîche des fleurs de notre amour,
Alors la chambre séteignit, devint sombre et noire :
En bas nous accueillit un coup de vent
Frileux, nous baissions la tête
Comment pourrais-je dormir, alors que jaime tant,
Penser à toi, le cur empli dun éclat pourpre,
Comment puis-je dormir, quand la poitrine, pleine
Au bout du chemin un portail blanc. Je sens en secret
Toi, portail blanc au milieu de la neige blanche,
Derrière toi on dort le dernier sommeil. Moi, je suis
Oh, toi, jour de nacre et de verre !
Larbre nu semble tout honteux
une laine brun rouge, quand du jeune soleil
Dans lazur en feu, le vent, du haut des cimes,
déjà écoute et attend, attend
des fleurs.
et de nouveau je me retrouve seule,
Ah ah, cest toi ! mais la blancheur de tes ailes
Ton écharpe est arrachée de ton sein,
Ta robe immaculée est salie :
Mon ennemie, mon amie, pardon :
La pitié me saisit, douloureuse, de toi et de moi-même :
LÉPREUVE
Voici que tu mas faite, Dieu, porteuse de Ton signe ;
les traces de Tes doigts dans la cire de mon âme
sont douloureuses : dans les éclisses de Ta volonté
Tu mas par lépreuve donné la raison
comme lempreinte à une monnaie.
Tu mas vidée de tout le superflu.
Comme un fruit choisi, à coup sûr Tu me cueilles.
Les épines de mon défi ne Te rebutent pas :
Ta main a su de pierres plus dures tirer létincelle !
Voici que dans ma bouche Tu cries dautres mots.
Ton monologue résonne de partout,
il ny a pas de pitié dans le fond de Ta gorge ,
un brutal coup de tonnerre mébranle :
à Tes pieds je reste étendue comme un andain,
sur moi les faux de Ta colère sont rassemblées.
MORTEL
Tu veux échapper à ce que tu veux, échapper à ce que tu dois,
car cest rigueur et cest douleur, cest ce que parfois tu maudis tant.
La pierre de lorgueil à tes lèvres, ton esprit encore fermé aux autres,
mais ton cur comme un lièvre tremble et les questions percent ta langue.
Quelque part, avant cette terre, avant cette vie, ne nous a-t-on pas arraché à quelque chose
qui nous était plus cher que nous-mêmes ? Oui, sûrement notre cur fut déchiré.
Sinon, y aurait-il comme un écho dans lâme du mortel ? Et tout le temporel
serait-il seulement ce désir si lourd, cet appel aussi long que la vie ?
La nuit souffre de lobscurité, midi souffre de la lumière,
et lhomme, à la fois nuit et midi, souffre de la fin et du commencement.
Tu tarrêtes : on dirait que linfini tournoie devant tes yeux comme une boule étincelante
Tu brûles encore un peu. Déjà tu téteins. Tu nes plus bientôt que lurne de ta propre cendre.
LE SOIR
Soir : on ferme les barrières, on verrouille les maisons
où salourdit alors lâme de tous ceux qui souffrent.
Le jour a relevé tous ses ponts-levis : que la rampe se dérobe
et la main, inutile, comme un gant retombe dans le giron.
Avec les vêtements saffaisse notre colonne, notre audace :
plus dun dans sa maison est tel un vagabond, inquiet et sans foyer.
Lheure est venue de se dépouiller de tant de choses :
de se libérer du jour, de ce rocher blanc du temporel.
Même notre nom glisse, comme une ceinture qui nous liait,
et le sommeil finit par vaincre aussi cet anonymat :
Dehors les saules entrechoquent le fer-blanc rouillé des feuilles dautomne :
plus tu tanéantis, et plus la nuit grandit.
Dans le tout, tu es nu : plus rien quun cur, petit dans linfini,
et cest dans ces ténèbres la seule lueur, le seul orient brûlant.
Une blessure, une blessure ancienne y ouvre son il rouge :
et cest une apparition comme si nous étions démunis de tout de nous-mêmes.
TRANSITION
Soudain tout est comme disloqué :
la nuit sous les pieds écrase la rue,
les maisons blanchies de neige titubent sous les coups de vent,
recroquevillée, une porte semble se tapir contre le mur,
les barrières, vides, sappuient aux maisons,
où tous les lits sont lourds de dormeurs.
À cette heure désemparée,
ces poteaux et ces murs le jour, ils doivent pourtant bien servir à quelque chose
se dressent, devant toi, étranges et inutiles.
La neige sélève comme une église. Tes pas ont lécho du verre.
Un souffle. Tu teffraies de rien. Tu as failli crier.
Tu te plains comme dun enfant perdu.
Dans ton ardeur une fissure rougeoie.
Froide rémission de tes dettes :
le sang trop blanc de la neige coule,
reste comme linnocence sur tes épaules.
Tu écoutes le silence comme une mer qui déferle.
Tu talourdis comme un épi tu disparais dans la nuit.
DEUX CURS
Le jour sest mis en boule comme un chien,
la vie soudain se dresse comme une colonne.
La fenêtre éteinte se remplit détoiles.
Déjà la nuit monte jusquà mon cur.
Le dos bossu de la lune isabelle avance dans le ciel
et je sens frissonner
mon vêtement sur ma poitrine : toute
la peine soudain fleurit comme le printemps.
Les soucis ont fait leur nid
sous laisselle de la nuit :
dans la pièce voisine un cur de mère est ouvert
et sattarde à prier.
Mes prières à moi sont comme lions en cage,
ô mon souffle impuissant à élever ce rugissement !
Le défi gronde. La poitrine brûle comme de la paille.
Par ma faute, mère, plus longtemps se joindront tes mains, plus longtemps souvrira ton cur !
À LA FENÊTRE
Quand dans les branches la pleine lune était éclose,
je tai accompagné sur le chemin du départ,
sous cette lune énorme
et les étoiles si petites.
Mais de la fenêtre, je ne peux me détourner :
ta bouche triste apparaît encore
lorsque tu te retournes, et autre chose
quau visage on ne voit pas tous les jours.
Comme le fouet du vent a dépouillé nos tilleuls !
À tes pieds landain de feuilles a noirci,
où tu cherches en vain à déchiffrer
nos traces, depuis longtemps effacées.
Notre champ de campanules
qui lété jusquau cou nous cachait,
tu y repasses seul, ne laissant quune trace,
et le brouillard lensevelit.
Notre prairie de fétuques,
il me faut y penser
Et le départ et la mort
je connais leur refrain semblable.
La lune, en silence, se gonfle de lumière,
et soudain tu aperçois la porte,
doù taboie après ce drôle
de caniche noir. Mais je crois
mais oui, tu fais demi-tour !
Mais non : tu téloignes, diminué, tout simplement !
Comme ils sont grands, entre nous, ces saules !
Et voilà
tu as déjà passé la rivière.
Maintenant tu es tout à fait flou :
est-ce toi ce point qui sautille ?
Oh, déjà la griffe fatale du tournant
tefface de la surface de la terre !